biographie

Avant de s'ouvrir à la création artistique, David Wampach étudie la médecine à la faculté de Montpellier. Ses expériences de spectateur l'amènent à s'intéresser au spectacle vivant : il se consacre dans un premier temps au théâtre, puis à la danse.

David Wampach multiplie les expériences, passant de la compagnie Coline à Istres (1999), à la formation Ex.e.r.ce (2000) au Centre Chorégraphique National de Montpellier, dirigé par Mathilde Monnier, puis à l'école bruxelloise P.A.R.T.S. d'Anne Teresa de Keersmaeker (2001). Il participe, également, à la formation en culture chore?graphique proposée par Laurence Louppe, de 2004 à 2006, en parallèle de ses créations.

Dès 2001, il développe une démarche, emprunte des influences théâtrales et plastiques issues de son parcours, qu'il inscrit dans l'Association Achles.

Il cosigne le duo D ES R A (2003) avec Pierre Mourles, avant de créer le solo CIRCONSCRIT (2004), puis BASCULE (2005), trio hypnotique et radical rythmé par une musique métronomique. Suivent QUATORZE (2007) et son univers déréglé, AUTO (2008), duo avec le pianiste Aurélien Richard, BATTERIE (2008), performance avec un batteur et BATTEMENT (2009), une variation sur le « grand battement », mouvement emblématique de la danse classique. Il crée deux nouvelles pièces en 2011 : CASSETTE, une version contemporaine du ballet classique Casse-noisette, et SACRE, relecture du Sacre du printemps, créée au festival Montpellier danse 2011. Cette même année, il est lauréat de la Villa Kujoyama à Kyoto. En 2012 et 2013, il poursuit son travail autour des rituels et de la transe, en réalisant son premier court-métrage, RITE, un prolongement de la pièce SACRE, et crée le solo TOUR, dans lequel il dessine un être primal, envahi par le rythme incontrôlable de son flux respiratoire, qui compose un portrait visuel et sonore.

En quête d’expérimentations sur de nouvelles formes, il propose le duo VEINE en 2014, à l’occasion du festival des arts de la rue Cratère Surfaces, organisé par Le Cratère, scène nationale d’Alès, dont il est artiste associé depuis 2012.

Parallèlement, David Wampach est régulièrement sollicité pour intervenir dans des formations, comme Ex.e.r.ce au Centre Chorégraphique National de Montpellier, la formation EMFOCO à Concepcion au Chili, ou encore le DanceWEB, dans le cadre du festival ImPulsTanz, qui l’a invité comme mentor en 2014.

projet artistique

Entre rigueur mathématique et démesure burlesque, David Wampach invente des univers contrastés : des plateaux policés, un cadre rigide, une distribution scrupuleuse entre féminin et masculin, des enjeux chorégraphiques ciblés, et derrière l’ordre apparent, l’explosion anarchique des passions.
Le parcours commence avec des jeux de démultiplication de soi et d’accumulations de vêtements. C’est circon c is (2004), un solo qui mute, l’année suivante, en un duo homme/femme, circonscrit (2005). De ce diptyque inaugural découlent plusieurs lignes de forces. D’une part, des chorégraphies basées sur des procédés d’itérations et de métamorphoses. Ensuite, une façon de jouer avec l’ensemble des ressorts du spectacle jusque dans le graphisme des titres : les minuscules réservées aux deux petites formes inaugurales cèdent la place à des majuscules d’imprimerie quasi-publicitaires dès la première pièce de groupe. Enfin, une manière de construire le répertoire en diptyque : l’univers millimétré de BASCULE (2005) et l’univers déréglé de QUATORZE (2007) fonctionnent comme le positif et le négatif d’une même pièce. BATTEMENT (2008) et BATTERIE (2007) - deux mots qui se suivent dans le dictionnaire – désignent chacun l’unique enjeu de la pièce. CASSETTE (2011) et SACRE (2011) proposent deux variations autour du répertoire classique à partir de Casse-Noisette et Le Sacre du printemps.

Parodies et détournements
Rapidement, le chorégraphe se démarque par son aisance à détourner les héritages et les standards. Pas de discrimination entre disciplines, plus de hiérarchie entre savant et populaire : CASSETTE, une version latino d'un ballet classique, épuise les ressorts des danses de couple, AUTO (2008) ceux de la magie et des films d’angoisse américains. BATTEMENT propose une réduction du vocabulaire académique - le "grand battement" de la danse classique devenant l’unique outil de composition et de dialogue. Quant aux postures codifiées de l’expressionnisme, on les retrouve dans QUATORZE avec des danseurs situés juste en deçà du personnage théâtral. Curieux des terrains sur-exploités (le nu ou le dialogue danse-musique) comme sous-exploités par la danse contemporaine (le kitsch des danses de salon ou le registre épique), David Wampach affirme ainsi un goût pour les parodies joviales.

Une inquiétante étrangeté
Néanmoins, sous l’apparence enjouée des pièces se cachent bien des ombres et des peurs intestines. Glissant volontiers de l’ordinaire au paranormal, du monde stable de la raison au terrain mouvant des passions, le chorégraphe explore une couleur souvent délaissée par la danse : le fantastique. Chacune de ses pièces est une farce sociale étrangement inquiétante. On y rejoue, entre effroi et grotesque, les fondamentaux de la psychanalyse : le cadre et le débordement, la norme et l’écart, l’entrave et la liberté. Les corps sont tantôt réglés sur une mécanique aliénante, tantôt emprisonnés dans leurs appétits sexuels, tantôt limités par leur moyen de communication. Et s’ils évoluent dans des univers trop permissifs, sans entraves sociales, ils n’en sont pas moins monstrueux.

Le montré-caché, le nu-habillé
Les pièces sont ainsi de curieux microcosmes, et les structures individuelles et collectives, des objets de fantasmes. On brouille les repères entre sphères publiques et privées, avec des jeux de débordement et d’inversion repérables jusque dans les costumes-canulars de Rachel Garcia. La plasticienne, impliquée dès les premières pièces, travaille sur différentes manières de cacher le corps tout en le dévoilant, de le vêtir tout en le dénudant. En peignant le vêtement à même la peau, le danseur semble habillé alors qu’il est nu. En le ficelant dans une résille de couleur, il semble nu là où il est finalement vêtu. Le costume formalise ainsi ce que la chorégraphie explore : le dedans et le dehors sont toujours instables. Corps sauvages et domestiqués, nus et habillés, sublimes et abjects, les individus ne sont jamais tout à fait ce qu'ils semblent être.

Métamorphoses à venir
Cette obsession pour les métamorphoses et les états transitoires trouve une résonance certaine dans les deux projets impulsés pour les années 2012 et 2013. RITE, premier film réalisé par David Wampach est l'occasion pour lui d'aborder le corps avec un langage nouveau. Le projet fait écho à SACRE puisqu'il revisite également les thèmes du Sacre du printemps, et n'en est cependant pas l'adaptation filmée. C'est un film de fiction qui conte le rituel de passage qu’une femme d'une quarantaine d'années invente pour franchir une nouvelle étape de sa vie. Les états extrêmes du corps, provoqués dans le film par l'abandon aux souvenirs et aux fantasmes, motiveront également TOUR, un projet chorégraphique prévu pour 2013. Ce solo empruntera au cirque le dispositif de la "roue de la mort" et s’interrogera sur la tentation des sociétés pour l'occulte. Nouvelle façon, pour le chorégraphe, de s’approprier l’histoire du spectaculaire, d’en exhiber les ressorts et d’explorer, aux frontières des genres, les mises en jeu contemporaines du corps.

Eve Beauvallet, octobre 2011

portraits

Intempestif, insaisissable • Rosita Boisseau • Panorama de la danse contemporaine • éditions Textuel • 2008
Non, mais oui quand même • Gérard Mayen • Préférences • juill/août 2009
Mesure pour démesure • Eve Beauvallet • Mouvement • avril 2010
Short Essay • Yusuke Hashimoto • Kex magazine, Japon • août 2012